Chili
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Une exportation en plein essor Incontestablement, le Chili exporte les meilleurs vins sud-américains. De là à en conclure qu'il ne produit que de bons vins, il y a un pas qu'il convient de ne pas franchir : le vin destiné à la consommation locale, encore largement issu du país introduit dès 1548 par les missionnaires espagnols, est tout à fait quelconque : la conséquence, semble-t-il, d'un marché local peu exigeant. Les bons vins chiliens sont donc destinés à l'exportation, et conçus en fonction de la demande. Et celle-ci a explosé au cours de la dernière décennie : le volume exporté a été multiplié par plus de cinq en dix ans, passant de quarante millions de litres en 1990 à environ deux cents millions en 1999. Autrefois due aux voisins du Chili, la demande émane désormais de trente pays dans les deux hémisphères. Toutefois, les Etats-Unis étant les principaux amateurs, les vins exportés se rangent surtout dans la catégorie des bons vins de cépage sans grande prétention, qui ne cherchent pas à refléter leur terroir d'origine. Par tradition, le Chili a toujours privilégié
les rouges. Faciles par leurs tanins bien souples, agréables par
leur fruité prononcé, les rouges chiliens présentent
un excellent rapport qualité/prix. Le cabernet typique est un vin
de consommation courante, relativement peu tannique mais riche en arômes
de cassis et confiture de fruits. Aujourd'hui, le rouge demeure très
largement dominant, mais le blanc progresse -tant en qualité qu'en
quantité- sous l'effet de la demande internationale De grandes maisons Torrés, le premier, s'est intéressé et a cru au potentiel chilien dès la fin des années 70. A sa suite, nombre de grandes maisons ont commencé à investir considérablement à partir du milieu des années 80, en support d'un vaste effort de réformes viticoles. A partir de 1990, avec la libéralisation du
régime politique favorisant l'investissement; de nouvelles plantations
voient le jour. Les grandes maisons diversifient leurs sources d'approvisionnement
en recherchant une meilleure adéquation du terrain, du climat,
et des cépages. De nouveaux chais de vinification sont équipés
du matériel le plus moderne. Le résultat est devenu manifeste pour tous
au milieu des années 90, avec l'apparition de quelques vins de
stature internationale. Beaucoup de travail et de progrès ont été nécessaires pour en arriver là. Notons par exemple qu'en 1988, 40% de la vigne chilienne étaient encore menés en pergola, système qui permet d'atteindre des rendements de 500hl/ha. Egalement, il n'était pas rare de voir des vignes mêlant divers cépages côte à côte. Il est vrai que ces pratiques n'étaient pas le fait des grandes maisons exportatrices. Mais le dernier mot est loin d'être dit. L'eau des Andes en général abondante est propice à une irrigation difficilement contrôlable, mais quelques domaines ont installé un système d'arrosage au goutte-à-goutte. Miguel Torrés fut le premier à introduire les cuves en inox et le contrôle de température au cours de la fermentation. Depuis lors, même si tous les vignerons n'ont pas encore remplacé les cuves faites d'une variété locale de hêtre, l'acier inoxydable a envahi les chais des grandes maisons. Pour la confection des barriques, le séquoïa cède progressivement la place au chêne américain, français, ou bosniaque. Un système d'appellation, esquissé en
1986, a été précisé en 1995. Relativement
laxiste comme le modèle californien dont il est inspiré,
il permet le mélange de raisins de diverses appellations. Toutefois,
cela ne pose guère de problème pour l'instant, personne
n'étant capable de dire comment les aires d'appellation sont censées
se distinguer les unes des autres en termes de typicité. Doté d'un système d'appellation rudimentaire
qui ne précise ni les cépages autorisés, ni la conduite
de la vigne et pas davantage les méthodes de vinification, le Chili
n'en a pas moins confirmé la réalité de son potentiel
de qualité. Après s'être taillé une réputation
enviable pour des vins d'excellent rapport qualité/prix, quelques
producteurs se lancent désormais dans la production de vins capables
de se bonifier au cours d'un long vieillissement. Une poignée de
vins atteint des prix de grand cru classé du Médoc : citons
"Almaviva" de Concha y Toro, "Seña" d'Errázuriz
et Mondavi, "Alpha M" de Montes, "Finis Terrae" de
Cousiño Macul. Cépages : avantage aux européens País, torrontés, et muscat d'Alexandrie, formaient il n'y a guère le peu glorieux trio totalisant plus des trois-quarts de l'encépagement, mais les choses ont bien changé ces quinze dernières années. Un Espagnol, Sylvestre Ochagavia, comprit le premier que le Chili était apte à produire de bons vins. Au milieu du 19e siècle, il introduisit les cépages girondins rouges, cabernets et merlot, et fit venir de France des experts viticoles. Puis, à la fin du siècle, des vignerons girondins ruinés par le phylloxéra immigraient, apportant leur savoir-faire. Aujourd'hui, le cabernet sauvignon est le premier cépage de qualité, suivi par le merlot bon second. La demande internationale a conduit au développement
du chardonnay et du sauvignon. Le pinot noir n'a pas connu une très
grande réussite, mais on en attend de meilleurs résultats
par un choix de terroirs mieux adaptés. Le cas du riesling est
différent : d'excellents riesling ont été obtenus,
mais à un prix de revient relativement élevé pour
le pays. Cependant, sous l'influence de la demande, les surfaces plantées
en riesling et pinot noir sont en augmentation.
Il faut bien voir la situation géographique très spéciale du Chili : entouré par le désert d'Atacama au nord, les Andes à l'est, l'Océan Pacifique à l'ouest et l'Antarctique au sud, il bénéficie d'un heureux isolement sanitaire qui lui a valu d'être épargné par le phylloxéra. Ruban long de 4.200 kilomètres du nord au sud, mais large de seulement 100 à 330 kilomètres selon les endroits, le Chili est le siège de conditions climatiques d'une extrême diversité : alors que le désert d'Atacama est l'un des endroits les plus chauds et arides de la planète, les glaciers de la Patagonie connaissent la pluie en permanence. Les vignobles qui nous intéressent se groupent à mi-distance de ces deux extrêmes, dans des régions au climat tempéré, voisin de celui du sud de la France pour la température, quoique beaucoup plus aride. La région la plus dense en vignobles s'étend
de la vallée de l'Aconcagua (au nord de Santiago) à la vallée
du Maulé, 500 kilomètres plus au sud. Celle-ci est prolongée
par les zones viticoles des bassins de l'Itata et du Bío-Bío,
régions plus fraîches.
Au nord-ouest de Santiago, la vallée de l'Aconcagua
est la région chilienne la plus chaude capable de donner de bons
vins. Très chaude et aride, elle convient à la production
de rouge, et du cabernet sauvignon de qualité y est produit.
Entre Santiago et Valparaiso, cette prometteuse vallée
côtière est trop éloignée des Andes pour pouvoir
bénéficier économiquement de son eau. Elle n'a pu
se développer, récemment, qu'au fur et à mesure du
forage de puits exploitant sa nappe aquifère. Les sols sont pauvres,
sableux. La fraîcheur de la brise marine ralentit le mûrissement
du raisin, qui conserve ainsi bien mieux ses caractères aromatiques,
et la vendange intervient couramment un mois plus tard que dans la plupart
des autres régions chiliennes.
A l'abri entre les collines côtières à l'ouest et les Andes à l'est, les vignobles bénéficient de conditions climatiques très favorables. Le climat sec leur vaut de ne pas connaître le mildiou, mais il impose l'irrigation. L'eau est disponible à volonté, et l'irrigation franche sinon massive est encore la norme. Quelques domaines parmi les tout meilleurs pratiquent un arrosage au goutte-à-goutte. Quatre régions viticoles ont droit à
l'appellation "Valle Central". Ce sont, du nord au sud, le Bassin
du Maípo, la Vallée du Rapel, le District de Curico, et
la Vallée du Maulé.
Commençant au sud immédiat de Santiago,
cette fertile région se flatte d'être la plus ancienne zone
viticole chilienne. A ce titre, elle abrite nombre de grandes maisons
fondées par de riches Chiliens à la fin du 19e siècle,
alors qu'il était de bon ton de posséder un vignoble. Principaux parmi les meilleurs producteurs basés
ici : Undurraga, Santa Rita, Viña Manquehue, Carmen, Cousiño
Macul.
Comme dans le bassin du Maípo, le sol est argileux mais bien drainé, et la période de croissance est relativement longue et sèche. La chaleur diurne est tempérée par une forte influence marine, aussi la région est-elle en général plus fraîche que le bassin du Maípo, mais la diversité des sols et des conditions climatiques rend impossible toute généralisation. La région inclue la vallée du Cachapoal, à 80 kilomètres au sud de Santiago, et -plus au sud- le réputé district de Colchagua, irrigué par les eaux impétueuses du Rapel. Elle est renommée pour son cabernet sauvignon, et pour le merlot fait par des producteurs tels que Carmen et Mont Gras. Quelques-unes des meilleures maisons chiliennes y ont leur siège : Los Vascos, Viña Caliterra, Cono Sur, Casa Lapostolle.
Le district comprend notamment le bassin du rio Lontué,
plus frais et moins aride que la vallée du Rapel. Un différentiel
thermique important (journées chaudes, nuits fraîches) favorise
la conservation des arômes par le raisin. Valdivieso, Montes, Miguel Torres, font partie des meilleurs producteurs basés dans le district.
La plus méridionale des régions pouvant
porter l'appellation Valle Central est aussi la première productrice
en quantité. Parmi les bons producteurs basés dans la région du Maulé : Santa Rita, Terranoble, Casa Donoso, Domaine Oriental.
Au nord de l'Aconcagua, le district de Coquimbo produit des vins vinés issus du muscat, lequel fournit aussi le meilleur raisin de table chilien. Au sud du Maulé et ne participant pas à
l'appellation Valle Central, les vallées de l'Itata et du Bío-Bío
ont été jusqu'à présent la source de grandes
quantités de vin de table issu de país. Cependant, plus
fraîches et humides que les autres aires viticoles, elles pourraient
devenir l'aire de prédilection du pinot noir, ainsi que du riesling
et du gewurztraminer. Les principales bonnes maisons Errázuriz Viña Casablanca
Undurraga, maison fondée en 1885,
détient 120 ha plantés à Santa Ana près de
Santiago, et 200 ha à Palmilla dans le district de Colchagua. Elle
est réputée pour ses Sauvignon, Cabernet Sauvignon, Chardonnay;
et Riesling. C'est l'une des rares maisons qui cultivent le pinot noir
non seulement pour un rouge, mais aussi pour un effervescent léger
et délicat. Santa Rita
a 200 ha répartis en Maípo, Rapel, Maulé, et Casablanca.
Cousiño Macul, basé en
Maípo, est l'une des plus anciennes maisons du Chili : aujourd'hui,
la sixième génération de vignerons cultive ses propres
ceps dérivés de souches importées en 1858 ! Elle
est aussi l'une des plus traditionnelles, et pourtant nous donne des vins
parmi les tout meilleurs du Chili : Concha y Toro est le plus gros producteur
du pays et son premier exportateur vers les USA. Cono Sur, tout jeune domaine, s'est déjà imposé parmi les producteurs les plus intéressants de Colchagua. Ses vignes, établies à Chimbarongo sur un sol sableux, sont rafraîchies par la brume du Pacifique. Son pinot noir est particulièrement intéressant. Le district de Colchagua est aussi le siège
des chais de Viña Caliterra, nom obtenu par contraction
de "la calidad de la tierra". Cet excellent domaine est le fruit
de la coopération de Chadwick (propriétaire de Viña
Errázuriz) et du californien Mondavi, depuis 1996. Il tire son
raisin non seulement de la vallée du Rapel, mais aussi de 50 ha
dans le bassin du Maípo et dans le district de Curico, trois sources
ouvrant droit à l'appellation Valle Central. En outre, il cultive
100 ha dans la vallée de Casablanca. Ch. Lafite-Rothschild s'est associé à
Los Vascos, domaine situé dans la vallée du
Canetan, à 200 km au sud de Santiago. Merlot et cabernet sauvignon
sont élevés dans des barriques provenant de la tonnellerie
du château médocain. Casa Lapostolle, basé en Colchagua,
résulte d'un partenariat entre Marnier-Lapostolle et les chiliens
Rabat, avec Michel Rolland comme oenologue. Valdivieso est l'un des chefs de file du district de Curicó. Ses populaires effervescents grand brut, demi sec, brut et nature, sont élaborés selon la méthode champenoise. Valdivieso s'est lancé récemment dans les vins tranquilles destinés à l'exportation. Son chardonnay est très apprécié, de même que son pinot noir délicat et parfumé. Montes (autrefois connu sous le nom
de "Discover Wine") détient trois domaines dans le district
de Curicó : Micaela, Nogales, et Santa Marta. Et un quatrième,
La Finca, au coeur de la vallée de l'Apalta, près de Santa
Cruz, en Colchagua. Miguel Torrés, à Curicó, fait un effervescent de pinot noir et chardonnay, quoique la région soit chaude en général. Son rosé a beaucoup de succès en Espagne. Issu de vignes cinquantenaires, élevé au moins 4 ans en fût puis en bouteille, Manso de Velasco est son meilleur cabernet sauvignon. Carmen, une des plus vieilles maisons chiliennes, est passée sous contrôle américain en 1988 et, depuis lors, fait des vins de cépage simples et fruités, selon le goût américain. |